Vingt ans après sa sortie, Zidane, un portrait du XXIe siècle revient sur grand écran à l’occasion de la 10e édition de la Biennale Images Vevey. Du 5 au 27 septembre, le Cinéma Astor proposera gratuitement cette expérience cinématographique singulière : suivre Zinédine Zidane et uniquement lui, pendant l’intégralité d’un match du Real Madrid.
Un ballon qui circule parfois à plusieurs dizaines de mètres de lui. Des courses, des attentes, des regards, des accélérations et cette manière si particulière d’occuper le terrain. Pendant environ 90 minutes, le spectateur n’est plus vraiment devant un match de football. Il se retrouve presque aux côtés de Zinédine Zidane.
À l’occasion de sa 10e édition, la Biennale Images Vevey remet à l’honneur Zidane, un portrait du XXIe siècle, réalisé par Douglas Gordon et Philippe Parreno et sorti en 2006. Une œuvre devenue singulière dans la manière de filmer le football et qui célèbre cette année son 20e anniversaire.
Pour Stefano Stoll, directeur d’Images Vevey, ce retour ne doit rien au hasard. Cette dixième édition est placée sous le thème « We are family! », auquel le football fait particulièrement écho. « Peu de choses rassemblent et divisent autant les familles, les générations et les nations. Un dimanche de match, on sait très bien qui soutient quoi autour de la table », explique-t-il.
Le calendrier offre également un étonnant alignement. Vingt ans après la sortie du film, Zinédine Zidane vient d’être nommé sélectionneur de l’équipe de France, dans une année marquée par la Coupe du monde. « Il se trouve que les anniversaires se répondent. Le film fête ses vingt ans, il ressort une année de Coupe du monde, et Zinédine Zidane vient d’être nommé sélectionneur de l’équipe de France. Une œuvre qui interrogeait déjà, en 2006, ce que signifie regarder un joueur, prend aujourd’hui une résonance nouvelle », souligne Stefano Stoll.

17 caméras braquées sur un seul joueur
Pour réaliser ce projet, les deux artistes avaient choisi une rencontre de Liga entre le Real Madrid et Villarreal, disputée le 23 avril 2005 au stade Santiago-Bernabéu.
Ce jour-là, le résultat – une victoire 2-1 du Real Madrid – est presque secondaire. Le véritable sujet se trouve ailleurs : Zinédine Zidane.
Dix-sept caméras sont mobilisées pour suivre le Français durant la rencontre. Peu importe où se trouve le ballon, l’objectif reste fixé sur le numéro 5 madrilène. Les autres stars présentes sur la pelouse, parmi lesquelles David Beckham, deviennent presque des personnages secondaires.
Le dispositif permet alors d’observer ce que la retransmission traditionnelle d’un match montre rarement : le comportement d’un immense joueur lorsqu’il n’a pas le ballon.
Son placement, ses déplacements, ses moments d’attente ou encore ses réactions prennent soudain une autre dimension. Le spectateur ne suit plus véritablement la rencontre : il suit Zidane à l’intérieur de celle-ci.
C’est précisément ce qui fait, selon Stefano Stoll, tout l’intérêt du film pour un passionné de football.

« À la télévision, la caméra suit le ballon ; ici, dix-sept caméras suivent un seul homme, et le ballon disparaît la plupart du temps. On découvre alors ce qui constitue l’essentiel du travail d’un joueur de ce calibre : marcher, attendre, observer, se replacer, souffler, douter. »
Et le scénario offre même une fin particulièrement mouvementée puisque le Français est expulsé dans les dernières minutes de la partie.
Ni un match, ni vraiment un documentaire
Les amateurs de football qui se rendront au Cinéma Astor ne doivent donc pas s’attendre à revoir un Real Madrid – Villarreal traditionnel.
Le film dure le temps de la rencontre et respecte son déroulement. Mais l’expérience est volontairement lente et immersive. Aucun commentaire, aucun ralenti et aucune statistique ne viennent interrompre l’observation. Les sons du stade enregistrés en direct accompagnent les images, auxquels vient s’ajouter une bande originale composée spécialement par le groupe écossais Mogwai. Le résultat se situe quelque part entre football, cinéma et art contemporain.
Pour les passionnés de ballon rond, l’expérience offre surtout une perspective inhabituelle : celle de pouvoir observer pendant toute une rencontre l’un des joueurs les plus marquants de sa génération. « Un amateur de football y reconnaîtra des choses qu’il a toujours pressenties sans jamais les avoir vues d’aussi près », résume Stefano Stoll. Car à la télévision, la caméra suit presque toujours le ballon. Ici, elle suit le footballeur.

Une expérience qui prend une autre dimension vingt ans plus tard
Depuis la sortie du film en 2006, la manière de consommer le football a profondément évolué. Les rencontres se regardent désormais accompagnées de statistiques, d’images sous plusieurs angles et de ralentis, tandis que les réseaux sociaux ont habitué le public aux séquences consommées en quelques secondes. Zidane, un portrait du XXIe siècle propose exactement l’inverse.
« En vingt ans, notre façon de regarder le football a changé : téléphone, multi-angles, résumés de trente secondes. Le film propose l’inverse – un seul joueur, une durée qu’on ne peut pas accélérer », souligne Stefano Stoll. Le grand écran renforce encore cette immersion. Les expressions et la concentration de Zidane prennent une autre dimension, tandis que le son capté directement dans le stade rapproche encore davantage le spectateur du joueur. « Sur grand écran, avec le son du stade capté en direct, on entend sa respiration et on voit sa concentration : cela ne passe pas sur un ordinateur », poursuit le directeur d’Images Vevey.
Gratuitement pendant trois semaines à Vevey
Vingt ans après la sortie du film, la Biennale Images Vevey offre donc l’occasion de découvrir – ou redécouvrir – cette œuvre dans une salle de cinéma. La projection aura lieu du 5 au 27 septembre 2026 au Cinéma Astor de Vevey, tous les jours entre 11h et 19h.
L’entrée est gratuite et la diffusion se fait en continu. Les visiteurs peuvent entrer dans la salle à n’importe quel moment, y rester quelques minutes ou assister à l’intégralité de la projection. « On entre, on sort, on reste cinq minutes ou les quatre-vingt-dix », résume Stefano Stoll. Une manière plutôt inhabituelle de passer 90 minutes avec Zinédine Zidane.
La Biennale Images Vevey fête sa 10e édition

La projection consacrée à l’ancien numéro 10 des Bleus s’inscrit dans un événement beaucoup plus large. Organisée tous les deux ans depuis 2008, la Biennale Images Vevey célèbre cette année sa dixième édition.
Du 5 au 27 septembre, 50 projets artistiques provenant de 21 pays seront présentés à travers Vevey, aussi bien en intérieur que dans l’espace public. L’ensemble de la Biennale est accessible gratuitement.
Cette édition anniversaire est placée sous le thème « We are family! » et explore la famille sous différentes formes : biologique, choisie, artistique, politique, affective ou encore sociale. Le football y trouve naturellement sa place par sa capacité à fédérer, mais également à diviser familles, générations et nations.
Le retour de Zidane, un portrait du XXIe siècle s’inscrit ainsi pleinement dans la philosophie de l’événement. « C’est très cohérent avec ce que nous faisons depuis 2008 : sortir les images de leur cadre habituel », explique Stefano Stoll.
Durant trois semaines, Vevey se transformera ainsi une nouvelle fois en véritable musée à ciel ouvert, entre installations monumentales, expositions, projections, performances et autres rendez-vous culturels.
Mais pour les amoureux du ballon rond, l’un des rendez-vous les plus intrigants se trouvera certainement dans l’obscurité du Cinéma Astor. Avec, sur l’écran, un seul homme à suivre : Zinédine Zidane.
Texte : Achraf Mouchrif




