Vers l’égalité dans le foot

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Vendredi soir au Pôle Sud de Lausanne au Flon, le FC Concordia LS a tenu une table ronde au sujet de l’égalité femme-homme dans le football. Les différents acteurs de la discussion, mêlant des représentants du club, de la Ville de Lausanne et de l’ACVF, ont permis de saisir le chemin qu’il reste à parcourir vers la parité.

Organisée par le Pôle Social du club, la discussion, arbitrée par la journaliste indépendante Patricia Michaud, a fait intervenir Lise Cordey, responsable Femmes & Sport de la Ville de Lausanne, Beatriz Perez, présidente de la commission du football féminin de l’ACVF, Anina Gertsch, responsable des féminines du FC Concordia LS et Nader Iranmanesh, responsable technique des féminines de Concordia.

Un « sport intégrateur »

La table ronde est partie d’un constat de Patricia Michaud : il faut peu de chose pour faire du foot. Un ballon ou autre objet relativement rond suffisent. Cependant, la société a eu tendance à oublier d’intégrer les filles aux pratiques sportives. Pour illustrer cela, Lise Cordey cite une étude qui a démontré la tendance à offrir du matériel de sport beaucoup plus facilement aux garçons qu’aux filles, et ceci dès le plus jeune âge. Favoriser le sport féminin en général – et le football en particulier – demande donc en premier lieu une prise de conscience sociétale.

Lise Cordey (à gauche) défendait le point de vue de la ville de Lausanne, sous la médiation de Patricia Michaud (à droite).

De la discussion est ressorti un autre changement de mentalité nécessaire, et qui est un des chevaux de bataille de Beatriz Perez : arrêter de parler de « football féminin » en opposition au « football » en général, qui serait celui des hommes. Pour la responsable de l’ACVF, les gens devraient venir regarder du football, peu importe le genre de ceux qui le pratiquent. Cela passe aussi par la visibilisation des équipes féminines au sein des clubs. Anina Gertsch a d’ailleurs constaté que ce n’est que très récemment qu’un onglet « féminines » a été ajouté au site du FC Concordia LS, qui ne valorisait jusqu’alors que sa première équipe.

Des objectifs nationaux et cantonaux

La mise en lumière et la pratique du football féminin sont promues au niveau national par le projet Legacy de l’ASF, visant à doubler le nombre de femmes dans le football suisse à partir de l’Euro 2025 d’ici à 2027. Des chiffres en constantes augmentation, mais encore loin des objectifs à un an de l’échéance (48’000 joueuses sur 80’000 visées, 2’900 entraineuses sur 4’750, 166 arbitres sur 238 et 433 fonctionnaires sur 698). Pour Beatriz Perez, cet objectif semble utopique à l’échelle vaudoise, sachant que ce nombre a déjà doublé dans le canton depuis 2023, en partie grâce au projet Honeyball.

Beatriz Perez veut pérenniser les progrès du football féminin vaudois.

Mais arrêtons-nous sur les termes : il s’agit d’augmenter le nombre de « femmes dans le football », et pas uniquement celui de joueuses. Le projet est de féminiser le sport à tous les niveaux. Dans le canton de Vaud, Beatriz Perez précisait qu’il y avait environ 10% de femmes dans les comités, souvent à des postes moins décisionnels (secrétaires ou caissières, par exemple). Pourtant, l’apport d’un point de vue féminin au sein des instances décisionnelles des clubs est nécessaire pour donner une impulsion vers l’égalité de genre dans notre sport.

Il reste des obstacles concrets à la pratique sportive, notamment fonder une famille. Papa, et surtout maman, n’ont pas le temps de jouer au football. Il existe certes des solutions pour aider les parents à pratiquer le sport : le Stade-Lausanne Athlétisme propose des entrainements sur les mêmes plages horaires que celles des enfants. Malheureusement, cela se heurte à l’autre grand problème du football vaudois, qui impacte si bien les filles que les garçons : le manque d’infrastructures. La Tuilière, où évolue Concordia, est pleine, et les clubs parlementent déjà du mieux qu’ils peuvent pour se partager les terrains. Le comble pour le club lausannois, c’est d’avoir plus de soixante filles sur sa liste d’attente, déplorait Nader Iranmanesh.

Le responsable technique des féminines de Concordia Nader Iranmanesh sent un enthousiasme toujours plus croissant pour le foot dans les jeunes générations.

Concordia, l’exception à suivre

« Instaurer la culture du foot féminin dans les clubs », c’est la phrase qui revenait dans toutes les bouches. Anina Gertsch a remarqué qu’en la matière, le club de la Tuilière est une référence nationale : un comité impliqué, une section féminine active depuis plus de 20 ans, 8 équipes et pas moins de 25% de femmes dans ses effectifs. La responsable des féminines de Concordia a insisté sur le « rôle d’exemple » du club dans l’exportation de cette culture du foot féminin au travers du canton. Et c’est là que le problème d’infrastructures peut créer de nouvelles opportunités : Concordia a les joueuses, sans compter les nombreuses candidates sur liste d’attente, mais d’autres clubs ont les terrains. La collaboration entre clubs peut permettre de diffuser le football féminin. Nader Iranmanesh annonçait avec beaucoup d’enthousiasme qu’un partenariat avait été trouvé avec le FC Romanel, qui accueille depuis cet automne des juniores FF-17, première équipe féminine de l’histoire du club.

Anina Gertsch a reconnu que Concordia était plus l’exception que la règle en matière de football féminin.

Des réalités différentes

Bien qu’enrichissante, la discussion était orientée vers des problèmes lausannois, ce qui est naturel au vu des responsabilités des différents intervenants. Les groupements, possibles sans grand trajet dans la capitale vaudoise et ses alentours, sont tout de suite plus compliqués logistiquement dans les régions plus isolées. Les clubs y sont moins rapprochés, et les longs trajets peuvent décourager plus d’une joueuse à pratiquer sa passion. Néanmoins, la féminisation du ballon rond continue sur sa lancée, et s’implantera peu à peu jusque dans ces clubs périphériques du canton, de Concordia, par Romanel, jusque dans le Nord et les Alpes vaudoises.

Texte : Massimo Carbone et Maxime Gubler.
Photos : Maxime Gubler (@gub.jpeg).

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