Né sur un terrain de fortune autrefois cultivé en pommes de terre, le FC Troistorrents célèbre ses 75 ans. De sa renaissance héroïque dans les années 70 à son ancrage profond dans la vie de la commune, portrait d’un club de village pas comme les autres, où le ballon rond n’est finalement que le prétexte d’une magnifique aventure humaine.
Il faut imaginer ce qu’était Fayot à l’époque : un simple champ de pommes de terre, balayé par les vents valaisans, sans autre infrastructure que la passion de quelques irréductibles. C’est de cette terre brute qu’est né, il y a trois quarts de siècle, le FC Troistorrents.
75 ans plus tard, la bourgade a bien grandi, et son club avec elle. Aujourd’hui, l’institution fait battre le cœur de la commune au rythme de 13 équipes, de quelque 250 joueurs et de près de 470 membres actifs et fidèles. Pourtant, à écouter le président Jonathan Dubosson, l’essentiel est resté rigoureusement le même qu’au premier jour : « Au départ, il n’y avait pas grand-chose, si ce n’est des gens qui avaient une passion, une envie et surtout la volonté de construire quelque chose ensemble. »
Une histoire de résilience : quand le club frôle la correctionnelle
L’histoire du FC Troistorrents n’a rien d’un long fleuve tranquille. Elle est façonnée par ces crises qui font ou défont les grandes institutions. La période charnière allant de la renaissance de 1978 jusqu’à l’inauguration du nouveau complexe en 1983 en est le parfait exemple.

À cette époque, l’avenir du club vacille. Face à l’adversité, les gens du cru refusent de baisser les bras : ils retroussent leurs manches, reconstruisent et jettent les bases d’un renouveau fulgurant. Une leçon de résilience qui résonne encore aujourd’hui sur les hauts de Fayot, alors qu’une nouvelle réflexion stratégique est menée pour bâtir les infrastructures des trente prochaines années, à l’horizon 2050-2060.
Car le propre de Troistorrents est bien là : chaque génération reçoit un flambeau, le fait vivre et s’efforce de le rendre encore plus solide pour la suivante.
Les poumons d’un village : amitié et fidélité
Si le football rassemble, ce sont aussi les institutions qui gravitent autour du club qui font la sève du FC Troistorrents. Le légendaire Tournoi de l’Amitié, ancré dans le paysage depuis 1981, en est la preuve vivante. Plus qu’une simple compétition, c’est un rituel transgénérationnel où l’on se croit toujours en famille, qu’on y vienne crampons aux pieds, le sifflet à la bouche ou simplement pour se retrouver derrière la buvette.
Même constat du côté du Club des 100, qui rassemble aujourd’hui plus de 200 fidèles soutenant activement le mouvement juniors et la pérennité du club. Pour un club de village, une telle mobilisation a de quoi forcer le respect. Comme le résume si bien l’état d’esprit local : « On peut changer un entraîneur, perdre un match, monter ou descendre d’une ligue… Mais si les gens continuent de monter à Fayot, de se retrouver au Tournoi de l’Amitié, de soutenir le Club des 100 ou simplement de boire un verre ensemble après un match, le club reste vivant. »

Plus qu’un club, une communauté
En soufflant ses 75 bougies, le FC Troistorrents ne célèbre pas seulement des classements ou des lignes de palmarès. Il célèbre avant tout un magnifique sentiment d’appartenance. Transmettre le respect, la solidarité, le goût de l’effort et l’amour du maillot bleu et blanc aux jeunes générations, c’est s’assurer que l’histoire continuera de s’écrire longtemps.
Car dans trente ou quarante ans, les résultats précis des matchs se seront effacés des mémoires. En revanche, les souvenirs des copains, des déplacements, des victoires partagées et de la chaleur humaine de Fayot resteront, eux, gravés à vie.
C’est tout l’héritage des pionniers du champ de pommes de terre : ne pas avoir seulement fondé un club de football, mais avoir légué une véritable seconde famille.
Texte : S. Rossier
Photos : @shotbynoam et archives du club







